Comment gérer une machine en colère ?

Ecrit avec doigté par: PataponMillésime 2008

Etre un mec et faire son linge... toute une aventure.

Ce soir, l'équipe de Ra7or est invitée à une soirée organisée par ARIEL. On nous a promis qu'on pourrait se salir à volonté et qu'on nous donnerait des conseils pour mieux laver... on vous fera part de nos découvertes. Une équipe de mecs dans un monde qui était jusqu'alors injustement réservé aux filles. Reportage poignant à venir. En attendant, ça me rappelle une histoire (vraie) survenue dans ma vie il y a quelques semaines... Récit.

Paris, mercredi dernier, minuit onze, dans un petit appartement calme et sans histoire.

« J'ai bien cru que nous allions tous y passer »,    Virginie, une voisine.

Je rentre chez moi après une bonne journée de travail, inspection du placard :
— zéro caleçon
— une demi-paire de chaussettes
— une vieille chemise
— un t-shirt pas repassé
— un jean bousillé
— une ceinture (qui seule, ne me sert pas à grand-chose)
— un badge (qui sur la peau, pince très fort)

Rien à me mettre, cette fois c'est sur, je dois me débarrasser de cet imposant sac à linge sale. Je ne peux plus repousser la confrontation un jour de plus, je me descends un actimel et le savoure comme un vieux whiskey et entreprend d'affronter mon indesit lavante-séchante.

« Le regard de ma femme disait : fais quelque chose! », Hervé, un voisin.

L'angoisse m'envahit comme le silence qui précède une violente tempête. Munis de mon Le Chat paillettes hypoallergénique, je me mets face à elle, et commence à remplir délicatement son tambour inanimé.

Paris, Minuit trente-six, dans une salle de bain calme et sans histoire d'un petit appartement.

Tout se passe bien, demain j'aurais de quoi briller en société. Je choisis le programme Time for you (court et économique). Bouton ON. La bête se réveille. Elle est calme, je file en douche.

« J'ai cru que les Allemands étaient revenus », Jean, gardien de l'immeuble.

Caché sous ma couette, je regarde d'un oeil iTélé et surveille d'une oreille ce qui se trame dans la salle de bain.

Paris, une heure quarante, dans les draps bicolores d'un jeune homme assoupi.

Le sol tremble, mes yeux s'ouvrent, la télé... je ne l'entends plus, quelque chose se passe dans la salle de bain, le bruit est inimaginable. La peur m'envahit, celle de retrouver tous mes voisins sur mon palier plus que celle d'affronter la machine, alors je me dresse et me retrouve en petite tenue, face à elle.

Paris, une heure quarante et une, seul face au monstre.

La salle de bain est devenue territoire de l'ennemi, il ne lui reste plus que quelques centimètres pour envahir le salon. Du courage et de la
folie, c'est ce qu'il me faut pour tenter de la retenir. Mais l'ennemi ne se démonte pas et augmente le rythme... 400, 600, 800, 1000 tours
minute. Je fais écran de tout mon corps. La machine s'emballe, les murs de la salle de bain sont trop petits pour cette machine qui les détruit petit à petit, à droite, à gauche, en haut, en bas, elle frappe de toutes parts et soudain.

Plus rien

Et soudain le calme revient. Mais point de soulagement, car avec le bruit, la lumière est partie et je ne distingue plus grand-chose. Je profite de cette trêve inespérée pour tenter d'ouvrir le hublot. Impossible, elle devait serrer les dents de toutes ses forces quand la panne de courant est survenue.

Toutes mes affaires sont dans sa gueule. Que faire? Risquer de m'expliquer avec tous mes voisins ou risquer de me rendre nu au travail
cinq heures plus tard. Pas vraiment le choix, si?

Paris, deux heures du matin, dans un appartement plongé dans le noir et l'angoisse.

Mes mains aveugles se faufilent vers le levier des plombs et d'un mouvement d'index, relancent un conflit inévitable. Le hublot est toujours bloqué et la machine infernale se remet en marche. Que faire, impossible de déserter, les bruits de cognements m'empêchent de dormir de toute façon. Seule possibilité, rester sur le front, tenter de dissuader les soubresauts de la machine de faire trop de bruit et de dégâts, et attendre qu'elle s'épuise et délivre enfin mon linge.

Paris, deux heures quarante du matin, dans une salle de bain qui comporte les stigmates d'une nuit peu ordinaire.

Tel l'ouvrier qui manie le marteau piqueur, mes petits bras ont tremblé pour empêcher le pire. Je sors le linge du tambour fou, mais il n'est pas sec. Impossible d'envisager un séchage maintenant... trop tard, trop risqué et je suis à bout de forces. Nous sommes en guerre et
cela se remarque aux radiateurs de l'appartement qui sont froids comme des morts. Le chauffage central est en panne depuis une semaine. C'est ma veine.

Trois heures du matin, dans un appartement décoré aux couleurs des t-shirts la fraise étendus n'importe où et n'importe comment.

Le sommeil me fait de l'oeil, mais je ne peux pas abandonner maintenant, le four peut-il servir de séchoir? Pas le temps de regarder sur Google, 15 minutes à Thermostat 2.

Ouf, je ne m'endors pas devant ce qui aurait pu être le foyer d'une guerre du feu. Je sors mes affaires du lendemain hors du four et décide d'achever leur séchage, étendues, comme les autres, je me couche enfin.

Epilogue.

Le BHV passe et la machine trépasse. Elle sera changée cette semaine. Certaines machines de ce modèle se sont fait remarquer, le constructeur échange petit à petit, mais méfiez-vous de vos voisins, car des centaines d'indesit lavante-séchante sévissent encore...

« Tout est bien qui finit bien », Yvette, commerçante dans le quartier.

Et vous, le linge, vous le gérez comment?