Faut-il se réjouir d’être invité à une « soirée filles » ? (quand on est un mec)

Ecrit avec doigté par: ShywhitesharkMillésime 2007

Quand ma cousine Madeleine m’a proposé de venir à la soirée filles qu’elle organisait, mon regard à pris l’option « œil de cachalot » et j’ai juste réussi à bredouiller un « euh… mais tu… tu sais que je… enfin je suis pas… ». 

— « Mais oui t’es bête! »

— « Bin pourquoi alors ? »

— «  T’es fun, tu donnes des super conseils déco et t’adores parler fringues. Du coup mes copines elles t’aiment bien »

— « Ah ? ah… Eeeeeeet, comment dire… y’aura que des filles ? »

— « Bin c’est une soirée entre filles… »

— « Et je serais le seul garçon ? »

— « T’es lourd… »

Un petit calcul rapide et la tendance cachalot s’est vite transformée en whiteshark’s spirit. Tout bénéf’ : des filles rien que pour moi et l’occasion de briller sans concurrence pour toute une soirée. Topes là cousine (j’ai l’impression d’être un rappeur quand je dis ça). La conclusion avant le développement pour les business men pressés : ne jamais accepter. Pour les autres, revue de détail d’une erreur de casting monumentale. 

 

Erreur de vocabulaire

L’ « apéro dînatoire » commence par une tournée de Martini. Sans olive. Trop gras l’olive. Tout comme les petits canapés qu’on est en droit d’attendre pour un apéro dînatoire. Trop gras les canapés. Des cubes de fromage ? Trop gras le fromage… Six bâtonnets de carotte pour six. Sans sauce. Vous savez pourquoi ? Presque! Mais aussi parce que le pot de sauce du réfrigérateur a servi pour le dernier petit copain de ma cousine et que depuis le temps, de la surface duveteuse jusqu’au fond bien dur, il est comme moi le pot de sauce cocktail : vert. Première conclusion : quand des filles entre elles font des « apéros dînatoires », ça ne veut pas dire qu’on va manger quelque chose, ça veut simplement dire que ça se passe « à la place du dîner ». Mais en
revanche ça descend sec le Martini. Troisième tournée en une demi-heure et je commence à comprendre pourquoi il y avait trois bouteilles pleines dans la cuisine… Et quand ça boit, des filles, ça parle…

Elles savent que je suis hétéro ou quoi ?

Elles parlent et nous la jouent Sex in the City. C’est assez instructif, mais plutôt perturbant. 1- parce que vous avez l’impression au mieux de ne pas exister, au pire d’être considéré comme l’une des leurs (sic),
2- parce que si chez nous nos conversations sur les filles sont grasses, les leurs sur les mecs sont carrément gores. Miss H (une bombe blonde aux lèvres charnues et boudeuses) lance un brainstorming pour savoir comment réussir à pécho Jules. « Eh Shy, toi qui es un mec, qu’est-ce qui tu aimerais ? ». Sincèrement ce que j’aimerai, c’est qu’elle remarque que moi aussi je veux la serrer, mais ça a l’air hors sujet. Du coup, je donne deux trois conseils foireux histoire qu’elle se prenne un gros vent. Non, mais. On n’a jamais parlé de solidarité masculine! Euuuuh mais au fait miss H, tu ne sors plus avec Barnabé ? Si ?! Ah… Non non rien… Du coup, cette discussion rappelle à Clara sa tristesse de s’être faite larguée il y a à peine dix mois. Au bout du cinquième verre de Martini, son menton tremble. Goût du sang dans l’eau, Shywhiteshark sort les crocs (proverbe ra7orien). L’alcool et la tristesse aidant, c’est le moment de profiter d’une situation de détresse (oui j’ai honte, mais bon…). Du coup, je lâche un « oooooh » plein de compassion et offre tendrement mon épaule pour la réconforter. Et ça marche! Elle se love dans le creux de mes bras, je commence instinctivement à lui faire des papouilles dans les cheveux et elle ronronne. « Ce qui est bien avec toi Shy, c’est qu’on sait qu’il n’y a pas de danger que tu essayes de profiter de la situation, c’est clair, t’es un gentil toi ». Arf… Et elle passe sa jambe au-dessus de la mienne pour me faire un gros câlin bien serré. Je peux avoir un autre Martini? Non pas dans ces triangles ridicules là, dans un vrai verre. Un verre à eau quoi… j’en ai besoin, je crois. Au bout d’une heure, le requin blanc est déjà devenu un nounours anorexique végétarien alcoolique asexué.

Et ça boit, et ça boit…

Une bouteille et demie de Martini plus tard, Clara, revigorée, lance un « c’est l’heure d’aller chasser les fiiiiiilles! ». Elles sont passablement hystériques et déjà bien chaudes à force de se raconter leurs histoires de cul (et moi donc…). Pourquoi aller chasser dehors d’ailleurs ? Vous êtes 5, y’a un mec, je vous propose un tournoi moi! Non… Bon… Qui sait, sur une piste de danse, avec encore un peu d’alcool… ne lâchons pas l’affaire si vite. Ah oui, une autre erreur à ne pas commettre dans une soirée entre filles, c’est de se lever en même temps que tout le monde et d’enfiler son manteau quand l’une d’elles dit « on y va ». Un indice : une salle de bain, un WC, cinq filles qui doivent sortir… Quatre-vingt-dix minutes plus tard, on arrive à la boîte, pardon au « bar-boîte » (oui des filles ça ne sort pas en boîte c’est la même chose, mais non c’est pas pareil). Je dois le concéder, l’avantage avec 5 canons, c’est qu’il y a toujours par magie
une table de libre. En gentleman, je propose la première tournée. « Des buuuuuuulles !!! » Ah ouais, autre erreur, le Martini, c’est juste pour le off. Du Paul Rémy c’est ça ? Non non, je plaisantais… Quand, au bar
je demande cinq Clicquot-Ponsardin et un double Jack Daniel’s, le barman jette un coup d’œil à la table et me demande « soirée filles ? » — « ouais… » — « hétéro ? » — « ouais… » — « la troisième dose c’est pour moi ». Je commence à être compris. Quand je rapporte tout ça à la table, elles glapissent en battant des mains si bien que tout le monde nous mate. Et les filles aussi. Bien entouré, je joue au pacha, mais bon, à voir le regard de la blonde deux tables au-dessus, elle pense
clairement que je suis homo. Fier de ne pas avoir commis l’erreur qui consistait à prendre moi aussi une coupe — ce qui aurait définitivement scellé mon orientation sexuelle ou attribué un rôle de macro difficilement endossable – je lève mon verre et lui montre avec le doigt de la main libre le contenu. Elle me sourit et hoche la tête de haut en bas. Ouf, elle a compris.

Une pour tous et… chacun pour sa gueule…

À peine nous avons trinqué qu’elles descendent d’un trait la moitié de leur coupe et qu’elles se lèvent pour aller danser. Je n’ai pas le temps de relever la tête de mon verre qu’elles sont déjà toutes scotchées avec des mecs. Super… Je reste un peu en tête à tête avec Jack (non c’est pas vrai je boude pas). De la piste, elles se mettent à hurler à 5 « alleeeeeeez Shy, viiiiient daaaanser, alleeeeeeez !!!! vieeeeeeeens! ». Je ne suis pas flatté non, je suis gêné parce que du coup toutes les têtes se retournent forcément vers moi. Évidemment je fais bonne figure et m’élance d’un air (faussement) réjoui sur la piste. Évidemment, à peine je les ai rejointes qu’elles s’en retournent à leur (s) proie (s) respective (s) et je me retrouve seul à danser comme
un con sur Les lacs du Connemara (ouais je sais, mais en tant que mec dans une soirée filles, je n’avais pas mon mot à dire sur le choix du bar). Heureusement la blonde de tout à l’heure est elle aussi en train de danser seule. Je passe donc en mode « approche » (pooooom pom ; poooooom pom ; popépompépompépompé…) : ondulant sur la piste comme mon totem ondule dans l’eau, je l’ignore un peu, un coup d’œil de temps en temps, je danse de dos en me rapprochant et me retourne pour qu’on se regarde bien droit dans les yeux. OK, je m’approche et choisis une prise de contact des plus originales : « salut, tu t’appelles comment ? » Là, miss blonde me lance un regard plus noir que l’humour de Michel Müller et me feule à la figure « tu te fous de ma gueule! tout à l’heure tu me proposes un verre, j’accepte avec un grand sourire et tu me laisses poireauter comme une conne pendant une heure! C’est quoi ton problème ? » Le problème c’est que j’ai plus de Jack Daniel’s là ; copain barman s’teu plait, mets quatre doses cette fois-ci… 

Mais ça finit quand ce cauchemar ?

Quand les cinq miss ont toutes un regard à la Pascal de la Star Ac 5 et que chacun de leurs déplacements fait croire qu’elles sont montées sur vérin hydraulique, l’heure du départ sonne (en gros on se fait mettre dehors parce que ça ferme). On sort donc complètement bourrés du bar (ben oui moi aussi forcément avec mes 7 Jack Daniel’s) et là les miss commencent à interpeller tous les gars qui passent en se foutant de leur gueule. Une bande de scarlas d’abord attirés par les 5 miss comprend vite qu’elles les descendent comme des merdes et ils décident de traverser la route en commençant les injures et en se dirigeant… sur moi! Eh oui, ça aussi c’est la grande leçon du soir : quand on sort avec une bande de filles, on accepte automatiquement leur tutelle… J’étais déjà en train de m’imaginer expliquer le lendemain au taf mes ecchymoses quand une 307 noire s’arrête au milieu de la route ; à l’intérieur, quatre gars 25/30 ans en Bombers. Super, la BAC, manquait plus que ça. Les scarlas taillent leur route, c’est plutôt une bonne nouvelle. La moins bonne en revanche, c’est que les filles se jettent sur la voiture pour commencer à draguer de façon éhontée nos quatre chevaliers qui du fait sortent leurs gros calibres pour impressionner ces demoiselles… Une heure ça a duré. Et pendant une heure j’ai enchaîné clope sur clope en répétant comme un autiste « c’est pas possible j’hallucine, c’est pas possible j’hallucine, c’est pas possible… ». 

Tonight is the night ?

Quand enfin ces messieurs se souviennent qu’ils ont un métier, nous faisons route avec la bande de Sue Helen vers l’appart. Miss H prend alors mon bras et se colle à moi. Je ne sais pas comment, mais on se retrouve face à face, ma main gauche dans sa main droite et mon autre main sur sa hanche, les yeux rivés l’un à l’autre (je vous laisse imaginer la difficulté de la mise au point focale avec nos 2 grammes chacun…). Il se passe un truc, c’est clair. Le problème, c’est que les quatre autres boulets imbibés sont autour de nous façon ronde de centre aéré en train de nous fixer. J’abandonne donc la hanche, passe ma main dans ses cheveux et lui fais un bisou sur la joue en lui disant « je crois qu’il vaut mieux aller dormir maintenant ». J’ai vraisemblablement perdu la seule occasion de ma vie de goûter ses lèvres généreuses, mais je suis passé pour un mec bien aux yeux des autres nanas. Super… J’en parlerai à mon cheval…

Aujourd’hui, je me réveille avec une gueule de bois mémorable, mais je crois qu’il n’y a pas que l’alcool qui me laisse des traces difficiles de la soirée d’hier…