T’as pas 99 francs et un mars ?

Ecrit avec doigté par: PataponMillésime 2007

Ou comment vous briefer pour draguer dans la publicité.

Pour séduire en agence de pub, mieux vaut bien se connaître. Commençons donc par un modèle de présentation (en guise de prototype, votre serviteur).

1. Je présente bien.

Je me présente, mon nom est Patapon. Comme vous, je suis à vendre. Ce billet est le support de ma promotion.

Positionnement : Le garçon le plus unique du monde

Description : pur Produit Parisien, mais présentant la Particularité d'avoir été élevé au vert, dans la banlieue charmante et sans histoire du 92. Socialement intégré, a suivi un parcours atypique.

Première feuille de salaire à 3 mois, premier jour d'école à 5 ans, dernier à 21 ans, sans interruptions ni passages par la drogue. Activités extra-scolaires marquée par leur aspect unipersonnel : Jeux
seuls, sports individuels, aime à croire qu'il est incompris, généreux par égoïsme.
Epanoui en couple (hétéro-compatible), sensible à l'art, parfois amusant, capable de libre-arbitre et de sentiments, Patapon est un ami moderne, séduisant et accessible pour tous. Idéal ! En cas de nervosité ou prise de conscience de sa condition, le produit peut devenir dangereux, laissez reposer Patapon 12 heures et il reprendra son activité normale.

P comme Place

Patapon est distribué librement (dans la limite des stocks disponibles) en île de France. Son canal de distribution est une mini. (disponible depuis peu en Volvo)

P comme Promotion

Patapon bénéficie d'une couverture pluri-média internationale à son lancement (Campagnes TV, Presse, Affichage pour l'enfant), et aujourd'hui principalement hors média France (Internet via MSN, Gtalk
ou iChat, quelques apparitions en écoles, collège, Lycée, Ecole de commerce, Restaurants, Clubs, représentations sportives, fêtes de la saucisse...). Son territoire de communication est (par chance) le naturel.

P comme Prix

Patapon ne vous coûte que la réciproque de sa promesse : accordez-lui votre Confiance, votre temps, votre sincérité et votre amour (facultatif). Ensuite, il faut identifier son marché. Ici, une agence de publicité étoilée et plutôt cotée.

2. Tu dois maîtriser ton environnement.

« Travailler chez nous, ça rend beau » CC, Directeur de création, avril 2007.

Une agence de publicité est une entreprise, à la différence près qu’elle regorge de canons. Mais dans la publicité on aime bien brouiller les pistes, appelons les donc ces canons des créa, pour créatures.

Ces créas arrivent vers 10 h 30 le matin. La créa ne se dévoile pas immédiatement, elle reste intouchable pendant une bonne partie de la matinée (iPod sur les oreilles, café bouillant dans une main, magazine trendy dans l’autre). Inutile de prendre une créa avec soi à l’heure du déjeuner, car dans la publicité, personne ne déjeune pendant l’heure du  déjeuner. Non, l’heure du déjeuner sert à faire des courses, à fumer des clopes et à préparer ses vacances. Il sera toujours temps de commander des sushis plus tard dans l’après-midi.

Vraiment, le moment choisi par la créa pour se dévoiler, c’est le moment ou votre degré d’excitation sera à votre maximum. Après quelques passades devant votre bureau, elle finira bien par vous adresser la
parole. Attention, adresser la parole dans la publicité, c’est être caustique et mesquin.

« Salut toi, tu es nouveau », BH, Directrice Artistique, septembre 2007 (j’ai un an de boite et elle le sait très bien).

Prenez l’attaque avec le sourire. Un retour négatif de votre part provoquant chez la créa une haine illimitée (soir et week-end compris) à votre égard. Si au contraire vous appréciez sa prise de parole, la créa sera flattée.

« Il faut toujours commencer par flatter la créa », CL, chef de pub, juillet 2007

Pour calibrer votre réponse, vous devez avoir une reason why. En agence de pub les gens ont différentes reason why…

« Travailler avec de (vrais) artistes c’est ma reason why » JF, concepteur rédacteur, janvier 2007,  La drague, c’est ma reason why.

3. Il te faut trouver le bon endroit pour lier des amitiés (l’amitié dans la publicité, c’est un large concept)

Dans une boite normale, le lieu pour lier, c’est la relieuse ou la machine à café. Dans la publicité, la relieuse est le repère des stagiaires et la machine à café n’est pas un endroit sûr pour parler, à tout moment, tu peux te prendre une balle dans la tête (une balle de baby-foot je vous rassure). Non, dans la publicité, le lieu pour lier, c’est la soirée.

« Ghislaine, t’es charrette ce soir ? », GS, Chef de groupe, mars 2007

Il y a donc la soirée où tu bosses dur, car tu n’as rien foutu pendant trois semaines et la deadline (pas la blanche) a fini par arriver. Cette soirée-là, ce n’est pas la soirée pour « closer ». C’est vraiment la soirée pour bosser, impressionner ta créa, et avec un peu de chance se faire offrir un BAT (bon à tirer).

La soirée pour « closer », c’est plutôt le pot de départ, ou la soirée agence (minimum une par semaine). Finalement dans la publicité on n’est pas bien différents, on close grâce à l’alcool. La différence, c’est qu’après, on se remet à bosser.

4. Nous avons les moyens de vous faire parler.

Dans la publicité, la chasse aux ragots est la première cause de perte de productivité. Le lendemain, le mieux, c’est de prétexter que tu as tout oublié. A moins que les photos les plus indélicates circulent sur le forum interne de la boite, il y a de grandes chances que ta créa ne se souvienne même pas de toi…

« Salut toi, tu es nouveau », BH, Directrice Artistique, Octobre 2007

Et sinon, n’allez pas voir 99 francs, enfin en tout cas moi je n’ai pas aimé, je devais écrire dessus, mais j’ai décidé de challenger le brief.